2022: année de l'effondrement monétaire et économique mondial
1.10.2021

boure.jfif

Il y a douze ans se terminait la crise financière commencée en 2007 avec les subprimes. Jusque fin 2019, on ne s'est pas trop plaint de la croissance économique même si paradoxalement le taux de chômage est resté élevé et la classe moyenne a continué à se détricoter.

Depuis le début de la crise sanitaire, des mesures fortes sont nécessaires pour freiner la propagation: Fermeture des bars, cafés et restaurants, qui ont du se réinventer pour survivre, fermetures d'entreprises diverses qui n'étaient pas en mesure d'offrir à leur personnel la possibilité de télétravailler, réouverture sous certaines conditions, nouvelles fermetures, fermeture des écoles puis réouverture en virtuel et puis timidement en présentiel. In ne faut pas oublier non plus des mesures normales mais pas naturelles telles que le port du masque obligatoire, la vaccination, le "safe ticket" ou le "pass sanitaire". 

Pour soutenir les entreprises, l'état a dû se tourner vers le marché obligataire ou vers les banques commerciales pour obtenir des crédits afin de proposer des "passerelles" aux commerçants en grande difficulté de trésorerie.

Le taux directeur de la BCE était proche de zéro ce qui aurait permis aux entreprises de contracter des crédits à bas taux à condition de déposer des garanties bancaires qui, pour la plupart d'entre eux faisaient défaut. Les particuliers préférèrent épargner que de se lancer dans de nouveaux crédits. Bref, les procédé n'a pas donné de très bons résultats: L'épargne des Belges a fortement augmenté, mais la dette publique encore davantage.

Par ailleurs, les décideurs ne retiennent jamais les leçons du passé puisque c'est cette manière de faire qui a favorisé la crise de 2007-2008. En offrant aux banques la possibilité de proposer des prêts bons marché, ils se sont montré moins regardant sur la solvabilité de leurs emprunteurs.

Ces deux dernières années,  la BCE a augmenté son taux d'intérêt pour maitriser l'inflation à 2%. Cette stratégie a freiné encore un peu plus le crédit et favorisé l’épargne.  Le danger de nos sociétés mondialisées, si on ne fait pas de crédit, on consomme moins et les entreprises qui vendent directement aux ménages voient leurs revenus fondre comme neige au soleil. Si ces mêmes entreprises rencontrent des difficultés financières, elles ont plus de mal à se refinancer et risquent même de mettre la clé sous le paillasson et de licencier. Le crédit sera assurément freiné mais l’épargne aussi, et lorsque les entreprises vont mal, le cours de leurs actions est en chute libre.

On observe que la hausse des taux d’intérêt a précédé plus de dix récessions économiques au cours des quarante dernières années, ce qui tend à démontrer que cette stratégie n’est pas la bonne, enfin… par pour tout le monde, car les traders prévoient et profitent des crises financières? En manipulant des outils comme l'inflation et les taux d'intérêt, ils peuvent donner l'illusion que les marchés se portent bien, alors que c'est tout le contraire.

Comme je le disais plus haut, les décideurs ne retiennent jamais les leçons du passé et donc continuent à consulter des grilles obsolètes ce qui est de nature à permettre l’effondrement systémique (économique et financier) du monde occidental (Europe et USA). Selon Dennis Meadows, un processus qui implique un phénomène qui renforce ce qui le provoque mène inévitablement à l’effondrement. A titre d’exemple : si une population n’a plus confiance dans un système bancaire, elle retire ses fonds et s’oriente vers d’autres options, ce qui le fragilise. Pris de panique, de plus en plus de monde fait de même et ainsi de suite jusqu’à ce que les banques soient en cessation de paiement et fassent faillite. 

Les facteurs qui favorisent l’effondrement systémique sont de quatre natures :

  • L’épuisement des ressources minérales dû à la surexploitation,

  • La transformation radicale et irréversible de l’écosystème mondial,

  • Le dépassement des limites d’équilibre économie-finances du système,

  • La surpopulation

Tous ces facteurs sont des causes mais n’ont pas les mêmes effets. A titre d’exemple, la fin du pétrole affectera en priorité le monde industriel et les transports alors que le changement climatique affecte toutes les espèces vivantes. L’effondrement systémique redouté est possible grâce à l’interconnexion des facteurs que je viens de citer.

On ne pourra pas dire qu’on n’a pas été averti car de nombreux observateurs scientifiques nous mettent en garde depuis cette époque.

En 1973, un an après le Rapport Maedows, l’agronome français René Dumont proposait quelques pistes :

  • Le contrôle démographique,

  • Les économies d’énergie,

  • La coopération avec les pays en voie de développement

  • La protection et la remédiation des sols

Ce fut le premier écologiste français à se présenter à une élection présidentielle en France.  C’était en 1974.

En mars 2014, une étude parrainée par le Goddard Space Flight Center (NASA) démontra que de fortes inégalités économiques et le pillage systémique des ressources naturelles étaient deux causes majeures de l’effondrement économique.

J’imagine que les lecteurs de cet article n’ont aucune idée de ce qui arrive lors d’un effondrement. Alors, mettons-nous un instant à la place de ceux qui se sont réveillés une nuit de juillet 2021 avec deux mètres d’eau dans leur habitation. Tout s’écroule autour d’eux. Ils pestent sur les autorités qui n’ont pas pris les mesures pour éviter le désastre d’autant que dans la plupart des cas elles auraient pu détecter des signes avant-coureurs et réaliser des investissements judicieux à temps.

Mais dans l'immédiat, ces autorités ne sont pas d’un grand secours. C'est essentiellement grâce à la solidarité avec ceux qui partagent la même infortune que les sinistrés,  oubliant leurs divergences et leur individualisme, retroussent leurs manches et se mettent au travail. Grâce à la dynamique de groupe, ils se surprennent à réaliser des exploits dont ils se sentaient incapables. Dans ces moments-là, ils découvrent l’importance de la solidarité et de l’esprit de famille.

Un effondrement économique, c’est un peu pareil. Les autorités savent que des scientifiques visionnaires n’écartent pas un tel scénario.  Elles acceptent que les entreprises excavent, usinent, fabriquent et emmagasinent des stocks excédentaires ce qui favorise le consumérisme. Elles acceptent que l’industrie financière suscite le crédit, ce qui accroit la masse monétaire et provoquera son effondrement.

Le Rapport du Club de Rome, mieux connu sous le nom de Rapport Meadows, prédit un désastre qui pourrait survenir pour 2030 au plus tard. Certains économistes croient même que 2022 est une date probable. L’effondrement économique que nous redoutons peut-être de deux natures:

1. Soit, l’effondrement est brutal : dans ce cas de figure, les autorités n’ont plus aucune capacité d’agir et ne sont plus légitimés par les peuples. C’est le cas où les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. La vie de toute les membres de la communauté – les riches comme les pauvres – est perturbée.  

2. Soit l’effondrement est lent : Les autorités doivent alors prendre des mesures impopulaires radicales dans la précipitation, lesquelles alimentent la controverse et éprouvent en priorité les citoyens déjà fragilisés par les aléas de la vie. Comme les plus forts ne sont pas des boys scouts, ils ne viendront pas au secours des plus faibles.

L’exemple grec est frappant : la flotte commerciale grecque est devenue la plus importante au monde. Alors que l’économie du pays fait grise mine, les Grands Argentiers des armateurs n’ont en rien souffert de la crise qui ébranle la péninsule hellénique depuis 2008 et ne comptent pas venir au secours des grecs les plus démunis. Business is business !

Si l’on observe ce qui se passe pour la collectivité: les hôpitaux existent mais le remboursement des soins risque fort de s'amoindrir; voire de disparaitre dans certains cas, les transports en commun roulent mais sont moins fréquentés, le ministère des finances n'attendra plus longtemps avant de nous presser à apurer nos dettes fiscales, les grandes surfaces restent ouvertes mais de nombreux rayons sont vides et les prix deviennent peu à peu prohibitifs  et nous incitent à mieux choisir les denrées essentielles, le système du chômage ou du minimex devra imposer encore d'autres règles…  L’eau coule toujours dans les robinets, mais devient une denrée de luxe, et c'est la même chose pour l’électricité. Bref, si même nous avons de l’argent, il ne vaudra plus grand-chose et celui qui en aura vraiment beaucoup tiendra le coup plus longtemps jusqu’au jour où…

Le respect des règles démocratiques est inversement proportionnel à la détresse humaine. Plus les gens sombrent dans l’indigence et moins les règles démocratiques sont importantes à leurs yeux. Plus la situation devient chaotique et moins il est facile de maintenir l’ordre. Bref, les règles démocratiques ne sont pas adaptées à des situations exceptionnelles.

Si l’on observe ce qui risque de se passer pour l’individu, c’est nous ou notre conjoint qui perdrons notre emploi, c’est nous qui devrons nous ravitailler aux Restos du Cœur. On pourra toujours consommer de l’eau, de l’électricité, du gaz, du mazout… mais nous ne pourrons plus payer les factures. On sera toujours emmené à l’hôpital pour s’y faire soigner mais on ne pourra plus payer les factures non plus. Et ce sera la spirale de l’endettement social et l’endettement fiscal. Nous risquons de perdre notre maison ou notre appartement.

Pour éviter le désastre annoncé, il n’y a qu’un remède, la refonte complète du système économicopolitique. Il est essentiel que le politique ait la primauté sur l’économique et pas l’inverse. Cette refonte doit s’articuler autour de trois axes :

  • Un autre modèle de gouvernance

  • Un autre modèle de croissance

  • Un autre modèle de reconnaissance.

Ces trois modèles sont évoqués dans mon essai : "le livre blanc d'un citoyen Lambda" .

                                                                                    

Paul THUNISSEN