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Chronique
d'une guerre annoncée

Samedi
8 mars
2014

Les sanctions tombent contre la Russie

Alexandra Gonzalez avec AFP

Le 06/03/2014 à 20:10  | MAJ à 21:10

Les chefs d'Etats européens, réunis à Bruxelles, ont décidé unanimement de premières sanctions contre la Russie qui n'a pas amorcé de sortie de crise en Ukraine. Les États-Unis se sont également montrés très fermes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi, l'Ukraine a été au coeur des discussions politiques au plus haut sommet. A Rome, les ministres occidentaux des Affaires étrangères, réunis pour discuter de la Libye, ont de nouveau abordé le sujet, notamment avec leur homologue russe, Sergueï Lavrov, sans toutefois réussir à trouver un compromis politique.

Mais le point d'orgue de la journée a été le sommet extraordinaire à Bruxelles, qui a rassemblé chefs d'Etats européens et Premiers ministres pour prendre des décisions communes sur le dossier ukrainien.

Des sanctions européennes contre la Russie

• Des sanctions contre la Russie. A l'issue de ce sommet, François Hollande a détaillé les sanctions décidées par l'Union européenne contre la Russie, et qui prennent effet "dès aujourd'hui": "la suspension des négociations sur les visas, la suspension des discussions sur l'accord de coopération entre l'UE et la Russie, et la suspension de la participation pour les pays concernés des travaux du G8", a déclaré François Hollande, qui a prévenu que d'autres mesures seront prises si la tension s'aggrave.

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• La riposte russe. Sur BFMTV, Alexeï Pouchkov, député russe et président de la commission russe des Affaires étrangères a aussitôt averti que des sanctions européennes s'accompagneraient de sanctions russes. "Les sanctions prises vont des deux côtés car l'UE a un commerce énorme avec la Russie, alors que la Russie n'a pas beaucoup d'activités économiques en Europe", a-t-il lancé. En clair, l'Europe aurait plus à perdre que la Russie.

Le coup de force de la Crimée

• La Crimée veut se détacher de l'Ukraine. Car sur le terrain, les choses ont continué d'évoluer jeudi. Le parlement local de Crimée, dominé par des pro-russes, a demandé à Vladimir Poutine le rattachement de leur péninsule ukrainienne à la Russie, et annoncé l'organisation d'un référendum le 16 mars prochain pour le valider.

• Le Parlement criméen bientôt dissous. Une annonce qui a entraîné les foudres de la communauté internationale. Le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a d'abord qualifié cette décision d'"illégitime". "Nous exhortons le gouvernement russe à ne pas soutenir ceux qui promeuvent le séparatisme en Crimée", a-t-il demandé. Quelques heures plus tard, le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a annoncé la dissolution de ce Parlement, parlant du référendum comme d'un "crime contre l'Ukraine".

 

Hollande et Obama restent fermes

• La colère des dirigeants occidentaux. De leurs côtés, Paris et Washington ont également condamné fermement l'annonce criméenne. Pour François Hollande, "s'il y a une tentation de séparatisme, de division, ou pire encore, de captation" d'un territoire", "ce ne peut être conforme au droit international". Barack Obama, lui, a estimé que l'organisation de cette procédure "violerait le droit international" et a suivi l'Europe en annonçant des restrictions pour les visas des Russes.

Crimée: le rattachement à la Crimée ou la revanche de Poutine

Harold Hyman et journaliste spécialiste de géopolitique

Le 07/03/2014 à 6:26  | MAJ à 7:26

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Vladimir Poutine poursuit son bras de fer avec les Occidentaux sur l'Ukraine. - -

EDITO - Si Vladimir Poutine n'a pas encore publiquement réagi à la décision du parlement de Crimée de rattacher la province à la Russie, le président russe tient là une revanche sur son revers au Kosovo. L'éclairage de notre spécialiste en géopolitique, Harold Hyman.

     Le parlement de Crimée a voté unanimement jeudi (un peu rapide, n'est-ce pas?) le rattachement à la Fédération de Russie. Si Vladimir Poutine n'a pas encore publiquement réagi, le président russe tient là une revanche sur son revers au Kosovo.

 Toujours est-il que Poutine, le calculateur machiavélique, est en pleine ascension et marque des points depuis 2008. Il n'a jamais digéré que la Province Autonome du Kosovo ait pu, avec l'aide massive de l'OTAN, faire sécession d'avec la Serbie et devenir un État indépendant. Il a promis, dès 1999, et de nouveau en 2007 lors de la proclamation d'indépendance du Kosovo, que cela coûterait cher aux Occidentaux avec leurs "deux poids deux mesures".

     Et l'Occident avait payé un an plus tard, lorsque la Géorgie avait perdu deux provinces, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, devenues des Républiques indépendantes reconnues seulement par la Russie, le Nicaragua, le Venezuela et quelques micro-États du Pacifique.

La Crimée, un Kosovo bis?

     Voilà ce qui est en train de se passer avec la Crimée, cette République autonome dans l'Ukraine. Poutine le légaliste est ici en train de jouer le rôle des Occidentaux avec le Kosovo: il a la possibilité de détacher la Crimée de l'Ukraine, comme les Occidentaux avaient détaché le Kosovo. L'excuse est là: le parlement autonome de Crimée a voté son rattachement à la Russie! C'était si simple, il suffisait d'y penser. Car derrière l'homme d'État un peu glacial se cache aussi un procédurier juridique.

     Poutine a parlé du Kosovo le 4 mars 2014 dans une interview fleuve devant la presse russe. A la question de l'adhésion de la Crimée à la Russie, il a assuré que non, il ne l'envisageait pas. Et de rappeler le droit à l'autodétermination, et le fait que les Albanais du Kosovo avaient exercé ce droit. Dès lors, si ce droit existe, il existe aussi pour d'autres, ajouta-t-il. Mais le gouvernement russe n'encouragerait pas de sentiments de ce type.

     Toutefois, Poutine est irrésistiblement attiré par l'annexion de la Crimée. Il n'a pas encore dit oui, c'est vrai. Pourquoi hésiter? Il a déjà laissé des soldats russes, sans insignes certes mais en uniforme, en Crimée. En fait, le président russe a de bonnes raisons d'hésiter. La Constitution de l'Ukraine, celle de 2004 revenue en vigueur, ne prévoit aucune sortie de l'Ukraine de quelque partie que ce soit. Par comparaison, la Constitution de l'URSS (1977) stipulait en son Article 72: "chaque République de l'Union garde le droit de faire librement sécession d'avec l'URSS". Rien de tel dans la Constitution de l'Ukraine, Tovaritch Poutine! (camarade Poutine!).

La Crimée, une province juridiquement liée à l'Ukraine

     En outre, la Constitution de la Crimée (1998) ne prévoit pas non plus une future décision sur la séparation d'avec l'Ukraine. Je compresse un peu l'Article 1. "La République autonome de Crimée fera partie intégrante de l'Ukraine et devra traiter toute question dans le cadre de la Constitution de l'Ukraine". Et la Constitution de poursuivre que la Crimée n'exercera que les pouvoirs délégués par les lois et la Constitution de l'Ukraine. C'est explicite.

     Autre petit ennui juridique: en 1994 a été signé entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Russie, et l'Ukraine, un Mémorandum de Budapest, genre de mini traité. Il garantit l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Ça aussi, c'est explicite.

QUE PRÉVOIT L’ACCORD D’ASSOCIATION ENTRE L’UE ET L’UKRAINE?

      Cet accord, négocié pendant cinq ans entre Kiev et Bruxelles, prévoit d'aider à la modernisation politique et économique de l'Ukraine. Mais sa mise en œuvre implique de douloureuses restructurations économiques en échange d'investissements européens.

     C'est le refus par le régime du président Viktor Ianoukovitch de parapher l’accord d’association entre l'Union Européenne et l'Ukraine, une semaine avant sa signature à Vilnius, qui avait déclenché en novembre le début du mouvement de contestation. Avec la chute du régime, cet accord revient sur le devant de la scène, comme l'a souligné François Hollande jeudi soir, confirmant que cet accord était "prêt à être mis en œuvre tout de suite".

     Négocié pendant cinq ans entre Kiev et Bruxelles, l'accord d'association prévoit d'aider à la modernisation politique et économique de l'Ukraine. Mais sa mise en œuvre implique de douloureuses restructurations économiques en échange d'investissements européens.

Que prévoit exactement cet accord? BFMTV.com fait le point.

volet économique

  1. Une zone de libre-échange élargie. L’accord prévoit la mise en place d'une zone de libre-échange approfondie et complète: celle-ci va au-delà d’une zone de libre-échange classique, en ce sens qu’elle ouvre non seulement les marchés, mais traite également des questions de compétitivité et des mesures nécessaires pour satisfaire les normes européennes et pratiquer des échanges sur les marchés de l’UE.

  2. six cent dix millions d'euros d'assistance macroéconomique. L'accord met l’accent sur le soutien de la reprise économique et de la croissance, sur la coopération sectorielle dans des domaines comme l’énergie, le transport, la coopération industrielle et la protection des consommateurs. Il est prévu 610 millions d'euros d'assistance macroéconomique, qui se traduirait par des millions d’euros d'économies sur les importations, via des baisses de tarifs douaniers, et donner un accès au marché européen aux produits ukrainiens.

 

volet politique

 

  1. Une politique plus "européenne". L’accord prévoit une association politique renforcée entre l’UE et l’Ukraine. Parmi ses composantes clés: le développement social, la protection sociale, l’égalité des droits, l’éducation, la jeunesse et la coopération culturelle.

  2. Les valeurs de l'UE réaffirmées. L’accord accorde une place importante à certaines valeurs et certains principes: la démocratie et l’état de droit, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la bonne gouvernance, et le développement durable. L’accord met aussi l’accent sur les questions de justice, de liberté et de sécurité, qui comportent également des dispositions sur la mobilité.